Marie-Claire BlaisCanadaWriting1996
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Angela voyait l’ombre de cette créature envoyée par Dieu, pour lui déplaire, pensait-elle, c’était l’ombre d’un ecclésiastique ou de quelque ministre du culte venu jusqu’à elle, sur le balcon de sa demeure, elle l’avait aperçu, à travers les stores dont les lamelles avaient été jaunies par le soleil, elle l’avait vu qui marchait de son pas insolent sur le sentier de gravier où il avait écarté les chats, les poules et leurs poussins, sur son passage, soudain, il était si proche d’ Angela, qu’en ouvrant la mince porte de bois d’un coup brusque, elle eût senti sur son visage l’haleine fétide de l’intrus, l’homme était vêtu d’un costume noir par ce temps chaud, il transportait partout avec lui sa grosse Bible qu’il exhibait avec arrogance, pensait Angela, tout en sifflant des injures à l’inconnu, comme s’il eût été capable de l’ entendre derrière cette fenêtre où elle se tenait cachée, chancelante sur ses jambes graciles, s’appuyant d’une main aux barreaux de ce lit miniscule qui était désormais le sien, un lit aussi petit qu’un lit d’enfant qu’on avait placé dans sa chambre; de ce lit, elle ne ferait plus aucune chute, pensa-t-elle, ses os ne seraient plus brisés, fracassés, il y avait déjà toutes ces plates bleues, ces contusions, sur ses bras, ses jambes, c’était quand trier encore elle se trainait partout dans la pièce, s’accrochant à ces ‘Voilà, pensait-elle, satisfaite soudain, ce téléviseur, ce sera pour Elisabeth, et ce tableau que j’ai peint au temps de mes glorieuses années, même si les personnages de ce tableau vent déjà parmi les jeunes défunts que j’ai connus, un homme, son chien, sur une plage, ce tableau ce sera pour lui ce garçon à la casquette et aux cheveux blonds qui est venu tous les jours me visiter et m’apporter des medicaments, volant vers moi à bicyclette malgré les mechants vents de novembre qui me font tousser, ces vents qui me tueront rôdant sur la mer et autour de ma porte, comme toi, prêtre funèbre, allez, rentre chez toi, tu me répugnes, toi, tes sermons, tes viles consolations, n’ai-je pas le droit de mourir dignement chez mod, aimerais-tu entendre mes propos indécents, mauvaise ombre, je ne fus pas toujours cette peau décharnée qui fuit la lumière du soleil, tu sais…’ Angela regardait son petit lit en pensant qu’il serait le berceau de son agonie, à moins qu’Elisabeth revînt pour amener Angela à la mer, où, impuissante, les bras levés vers le ciel, Angela tenterait de eager tout en se laissant sournoisement emporter par les vagues, dans le brouillard glacé de l’hiver, c’est ici, dans ce lit qu’Elisabeth avait pansé les blessures causées par l’ivresse, ah, ces étourdissements, ces défaillances, pensait Angela...


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